Recherche sur ce blog

dimanche 2 juin 2013

Le moine // Matthew G.LEWIS


La naissance de l'écriture gothique


Résume :

On le nomme "Monk" Lewis, tant cet écrivain a été marqué par sa créature scandaleuse. Le livre fut d'abord interdit par la censure et Lewis obligé d'en réviser l'édition. Il n'a que vingt ans lorsqu'il écrit Le Moine et confronte le lecteur avec l'Invisible d'une manière directe et brutale. Le Surnaturel y fait sauvagement irruption et s'impose ; d'où la réticence d'un Coleridge, déconseillant aux parents de mettre un tel livre dans les mains de leurs enfants.

Il connaissait bien la littérature allemande et traduisit plusieurs grands auteurs, tel Schiller. Il adaptera avec succès un roman de Zschokke, Le Bandit de Venise.

Il hérita d'une fortune importante à la mort de son père et, avec effroi, en découvrit les sources, dans les Indes Occidentales. Il mourut de fièvre jaune à son retour d'un second voyage, laissant un passionnant Journal qui dénonce le scandale des pratiques coloniales dont nul alors ne se souciait. Comme la plupart des auteurs "gothiques", Monk Lewis ne fut jamais en odeur de sainteté auprès des critiques et il fallut attendre des auteurs comme Artaud ou Breton pour que certains considèrent enfin Le Moine avec sérieux.

"Le souffle du merveilleux l'anime tout entier (...). J'entends que ce livre n'exalte du commencement à la fin, et le plus purement du monde, que ce qui de l'esprit arrive à quitter le sol et que, dépouillé d'une partie insignifiante de son affabulation romanesque, à la mode du temps, il constitue un modèle de justesse et d'innocente grandeur".

Mon avis :

On dit de ce livre qu'il est le premier dans le genre gothique, et c'est bien ce critère qui m'a persuadé de l'acheter. Après quoi, j'ai mis quelques temps à me lancer dans cette lecture, qui me semblait comporter un maximum de lourdeur dans le texte, préjugé tenant certainement au classicisme dégagé par la couverture ou tout simplement tenant à la date de naissance de l'auteur.

Ce préjugé n'a pas échappé à la règle des préjugés, ce livre s'est avéré être, croyez le ou non, tout à fait captivant !

A la fois apologie et procès de l'église, de la vie monacale, ce roman fantastique met en exergue tout les contradictions de la vie du cloître, et sa tendance à exacerber, au contraire de son but premier, toutes les perversités que l'être humain porte en lui. Le retrait de la socièté entraînant l'instabilité mentale, la chasteté enfantant l'obsession des plaisirs charnels, la misericorde mutant en véritable sévérité morbide par voie de frustration.

Chaque déviance humaine est ici incarnée par la figure du mal, du diable, de la magie noire et des revenants, comme si l'homme en lui même n'était pas capable de tant d'atrocités. Certaines scènes, mettant à l'oeuvre le pieux Ambrosio dans sa plus décadente perfidie, ou les deux heroïnes condamnées par les lois ecclésiastiques sont à la limite du soutenable au fil de la lecture, et ce à l'heure actuelle, nous comprenons aisément la sentance de censure tombée il y a deux siècles ...

L'envolée romantique parfois mièvre qui pourtant nous emporte, la noire personnalité charismatique du Moine Ambrosio figure de Madrid, l'ambiance lugubre des deux couvents et de leurs caveaux respéctifs, l'intervention de forces maléfiques dignement dantesques, tout y est pour représenter le genre que depuis nous connaissont parfaitement ou presque ( j'exclue par là même les néophytes de l'écriture gothique ).

Monk Lewis ... absolutely !!

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire